L'énurésie
Le
contrôle mictionnel relève d'une acquisition progressive
durant les premières années de la vie.
Si la propreté, d'abord diurne puis nocturne, est généralement
obtenue vers l'âge de 3 ou 4 ans dans près de 70% des cas,
de nombreux enfants présentent des fuites d'urine jusqu'à
l'adolescence, voire au-delà.
Le passage de l'automatisme vésical du nouveau-né à
l'activité vésico-sphinctérienne coordonnée
et consciente de l'adulte s'effectue habituellement sans aucun problème.
Cette période n'en demeure pas moins une phase critique, parfois
même dangereuse chez certains sujets. Des désordres purement
fonctionnels peuvent affecter l'enfant et induire, au-delà d'une
certaine limite physiologique, une véritable pathologie, jusqu'ici
souvent considérée comme organique et que seules les explorations
urodynamiques ont permis d'individualiser.
Il s'agit du syndrome d'immaturité vésicale dont le dénominateur
commun clinique est représenté par des troubles mictionnels
diurnes et (ou) nocturnes, parfois associés chez la fillette
à une infection urinaire basse et dont la réalité
urodynamique est la persistance d'une hyperactivité vésicale.
Le syndrome d'immaturité vésicale et ses conséquences.
1-
Définition
Ce
syndrome correspond à la persistance d'une vessie de type infantile
automatique, responsable de besoins fréquents mais en ce sens
différent que l'enfant cherche maintenant à retenir ses
urines.
2- Les signes cliniques
Ce sont des troubles de la continence diurne et nocturne.
A/Les troubles mictionnels diurnes sont évocateurs.
Ils sont retrouvés par l'interrogatoire de l'enfant et de l'entourage.
Il s'agit d'une impériosité , d'une pollakiurie et de
petites fuites d'urine, responsable de la classique "culotte mouillée".
- a) la forme "pollakiuriante" :
L'enfant soumis à un besoin impérieux est obligé
d'uriner. Il atteint difficilement les toilettes et perd quelques gouttes
en chemin. Il développe souvent un véritable automatisme
d'où est exclu cet effort de retenue volontaire qui empêche
ou retarde l'acquisition de la propreté diurne et entretient
la pollakiurie.
Certaines circonstances de la vie sociale de l'enfant (trajets en voiture,
mise à l'école...) imposent des rythmes de miction souvent
différents des rythmes spontanés, liés aux contractions
vésicales non inhibées. L'enfant est alors conduit à
un tel effort de retenue qu'il va, avec plus ou moins de facilité,
apprendre à éviter la fuite en contractant souvent, au-delà
du raisonnable, son plancher pelvien. Ce type de situation explique
souvent le caractère secondaire des troubles... alors qu'à
la maison tout se passait bien, l'enfant pouvant satisfaire son besoin
!
- b) la forme "rétentionniste" :
A force de retenir, certains enfants développent une hypertonie
sphinctérienne striée et deviennent rétentionnistes.
La vessie augmente sa capacité et ne se vide qu'une ou deux fois
par 24 heures . Cette forme est presque toujours le fait d'une mauvaise
éducation vésicale et mictionnelle chez des enfants au
départ spontanément pollakiuriques.
B/ Les troubles mictionnels nocturnes : l'énurésie nocturne
Ce qui se passe le jour au niveau du détrusor, soumis à
une hyperactivité non ou insuffisamment inhibée, se poursuit
la nuit. Mais l'enfant endormi, l'impériosité et le besoin
ne suffisent pas toujours à le réveiller. La vigilance,
responsable de la réaction sphinctérienne, fait défaut
et l'hyperactivité vésicale entraîne ... l'inondation.
De nombreux auteurs ont insisté sur le caractère profond
du sommeil des enfants énurétiques. C'est évidemment
un élément supplémentaire qui ne peut qu'aggraver
cet état d'immaturité vésicale sous la forme d'énurésie
nocturne. Ceci ne veut évidemment pas dire que toutes les énurésies
relèvent d'une immaturité vésicale mais lorsqu'elles
sont associées à ces signes diurnes, il est tout-à-fait
possible qu'elles fassent partie intégrante du tableau d'immaturité.
Elles sont alors accessibles au traitement commun anticholinergique.
Les possibilités thérapeutiques
Il
n'y a bien entendu pas de traitement curateur absolu de l'immaturité
vésicale. Seul le temps permet l'organisation progressive des
mécanismes du contrôle mictionnel par inhibition des centres
supra-médullaires tenant sous leur dépendance l'hyperactivité.
A/ Le traitement pharmacologique anticholinergique
L'hyperactivité vésicale est sous une dépendance
pharmacologique de type cholinergique. Elle sera tout naturellement
combattue par des drogues anticholinergiques. Traiter l'hyperactivité
du détrusor revient à réduire l'amplitude de ses
contractions non inhibées. Les conséquences sont évidentes.
Le jour, l'hypersensibilité contemporaine des pics de pression
et responsable des impériosités et des fuites, diminue.
L'enfant peut ainsi accroître sa capacité vésicale.
Il réduit parallèlement sa pollakiurie et permet à
sa vessie de franchir le cap d'une nuit sans perte d'urine.
B/ La rééducation ou l'éducation vésicale
Suivant le type d'expression clinique de l'immaturité, les conseils
seront différents.
Aux formes pollakiurantes, on demandera d'essayer de résister
dans la mesure du possible aux besoins et d'espacer les mictions : ce
qui aura à terme, l'effet d'augmenter la capacité vésicale.
Dans tous les cas, on insistera sur l'absolue nécessité
d'effectuer des mictions sans forcer, avec un maximum de relâchement
périnéal.
A l'opposé, et surtout pour lutter contre l'infection urinaire,
on suggérera aux enfants à tendance rétentionniste
d'augmenter leur fréquence mictionnelle. Un carnet régulièrement
tenu, la participation de l'entourage familial ou scolaire arrivent
très souvent à régler le problème.
Dans tous les cas, le recours aux techniques de biofeedback est toujours
bénéfique mais ce type de rééducation ne
s'adresse qu'à des enfants suffisamment grands et motivés
auxquels l'on aura su expliquer le caractère fonctionnel de leur
trouble.
... Ne pas oublier enfin que le temps est un Maître, et que lui
seul permet de régler le problème à terme... car
le seul traitement de l'immaturité est l'acquisition progressive
de la maturation vésicale.