Incontinence et vécu
 
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L'incontinence est un problème complexe qui, inévitablement, pèse aussi sur le psychisme de la personne atteinte, et qui de ce fait a des conséquences psycho-sociales. Ces facteurs ne doivent pas être négligés si l'on veut comprendre et traiter l'incontinence.
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L'auteur de ce rapport, Kinie Hoogers, travaille activement le côté psychologique de l'incontinence. Son livre "Comprendre l'incontinence" montre des vues nouvelles et peut donner aux personnes soignant des individus incontinents beaucoup de conseils utiles pour surmonter les difficultés

Comment l'individu âgé et incontinent se sent-il ?

Une infirmière travaillant dans un centre gériatrique raconte, lors d'un séminaire de formation continue, à propos de sa propre mère :
- " Ma mère se retirait de plus en plus. Fréquemment, elle avait des maux de tête qui l'empêchait d'aller à l'opéra avec nous. Elle nous faisait de la peine parceque pendant toute sa vie elle avait aimé aller à l'opéra. Ma mère, aussi, restait à la maison quand nous voulions aller rendre visite à des proches, pendant quelques jours. Elle disait que cela était devenu trop fatiguant pour elle. Est-ce que sa vieillesse commençait ainsi ? Mais elle n'avait pas encore 70 ans ?

Cette situation avait déjà duré au moins un an, quand elle se confia à moi. Elle se demandait si on pouvait faire quelquechose, car elle avait une vessie un peu faible depuis déjà un moment, et ça s'aggravait de plus en plus ; elle n'osait plus même plus sortir de sa maison ... parceque ça mouillait, et que ça devait certainement sentir. J'ai été très touchée. Cette idée ne me serait pas venue à l'esprit. Qui penserait à l'incontinence quand une personne âgée a des maux de tête ! Ou quand elle dit qu'elle ne peut pas vous rejoindre, parcequ'elle se fatigue trop vite ! "

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L'infirmière continue à raconter :
" C'est depuis ce moment que je fais particulièrement attention dans mon travail aux signes indirects d'une incontinence urinaire éventuelle. Si je me rends compte, par exemple, que quelqu'un commence à laver ses sous-vêtements lui-même - il s'agit le plus souvent de femmes âgées - je parle alors à cette personne sur un ton qui doit lui faire comprendre qu'il est tout à fait normal d'avoir une vessie faible.
Un autre signe est lorsque quelqu'un devient pantouflard. Ces patients sont, dans le fond, en général très heureux de pouvoir parler, car ils se sentent abandonnés avec ce problème. Et pourtant on peut y faire quelquechose ! D'abord, il faut que le patient soit vu par un médecin, et ensuite on verra."

- Il n'y a presque plus rien à rajouter à ce récit pour dépeindre comment les personnes âgées ressentent l'incontinence.

La situation de cette femme âgée, une situation morne, apparemment sans issue et qui s'aggrave, l'isolement qui menace et la perte de communication sont certainement caractéristiques de la vie et du comportement de beaucoup de personnes âgées qui se voient confrontés à l'incontinence urinaire.
On peut, avec une facilité relative, s'imaginer le problème. Eprouver, impuissant le dépérissement, l'incapacité de maîtriser cette fonction corporelle importante, vexent et blessent l'amour-propre.

Réactions des proches soignants

Lorsque des proches se rendent compte de ce qui arrive à une personne incontinente, ils sont le plus souvent tout aussi désemparés et embarrassés. Quant à leur réaction, il n'y a pas de différence entre les personnes incontinentes, jeunes ou âgées, et leurs proches. Lorsque les soins ou la prise en charge sont assurés par la fille ou la belle-fille, il s'ajoute à ces problèmes une réaction curieuse qui est probablement relative au renversement du rapport parent-enfant : la personne soignante se sent souvent gênée, comme si c'était de sa faute si le patient incontinent dont elle a charge se mouille. Le mur de silence construit par les personnes incontinentes entoure aussi les proches soignants.
Dans cette situation, ceux-ci courent le même danger d'abandonner leurs propres relations sociales ; c'est là une tendance observée de manière générale dans le contexte des soins et de la prise en charge des proches âgés.

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L'incontinence des parents est certainement souvent littéralement la goutte qui fait déborder le vase. Les filles peuvent endurer beaucoup : la surveillance permanente dans les cas de démence, les soins des grabataires, les liens affectifs, l'absence de vacances. Si l'incontinence s'additionne à ces nombreux problèmes, on cherche souvent une place en foyer, parce que cette étape de déchéance physique ne peut plus être ni renversée ni compensée au domicile. Il s'y ajoute encore le dégout et la nécessité de devoir, désormais donner continuellement des soins aux organes génitaux de ses propres parents ou beaux-parents.

L'absence de distance émotionnelle est ici alors un facteur tellement aggravant que ces soins peuvent, presque tout à coup, devenir une charge dépassant totalement les forces de la personne en charge. Devoir, à ce degré, dépendre de ses enfants, peut également être embarrassant et humiliant pour les personnes âgées.


Réactions des soignants professionnels

Le stéréotype dégradant qu'ils ne font "que laver le derrière des vieillards" est souvent attaché aux soignants professionnels dans les maisons de repos et les hospices. Même ce stéréotype pour décrire les soins gériatriques professionnels est faux, le personnel travaillant dans le domaine des soins gériatriques a chaque jour à faire à des excréments. Bien qu'une étude (Sowinski, 1991) ait démontré que ce n'est pas l'urine et les selles qui sont les excrétions qui provoquent le plus de dégoût mais plutôt les crachats et les matières vomies, il faut néanmoins une certaine accoutumance pour les manier.

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Un bon personnel soignant dans un service gériatrique, ne devrait-il pas être accoutumé aux exigences de son travail sans éprouver du dégoût ? Ne devrait-il pas être au-dessus de cela ? Celui qui partage cette opinion court le risque de refouler les sentiments négatifs qui sont attachés à ces tâches quotidiennes - et qui pourraient se trouver d'autres canaux d'expression, par exemple, sous la forme d'agression qui, elle aussi, ne peut pas se déployer librement. Ces sentiments négatifs ne doivent pas être exprimés d'une manière ou d'une autre afin de préserver l'état émotionnel du personnel soignant.

La problématique de la manipulation des parties génitales doit ici être explicitement rappelée. Il est difficile de se trouver sur la corde raide entre abrutissement / insensibilité et compréhension / insensibilité, nécessaire pour sauvegarder la dignité de la personne âgée et du personnel soignant, sans glisser vers un côté (insensibilité) ou l'autre (surmenage constant par un investissement émotionnel trop grand).
Les stratégies de solution au problème de la personne incontinente et le comportement des soignants

Pendant toute sa vie, l'homme doit faire face à des problèmes et doit les résoudre.
Il y a différents modèles de base de stratégies pour résoudre des problèmes. Le comportement actif consiste essentiellement "à fuir ou à résister".

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Fuir peut ici signifier désavouer, dédramatiser, etc.

Résister peut désigner l'action de faire face au problème et de l'aborder seul de manière plus ou moins énergique, ou la réaction de faire appel à l'aide. Celui qui, bien qu'il voie le problème, n'agit pas de son propre chef parce qu'il attend de l'aide ou espère simplement que le problème se résoudra par lui-même se comporte plutôt passivement. Ou encore, on cherche à imputer à quelqu'un d'autre, la faute de toutes ses contrariétés.

Lorsqu'on aborde la problématique de "l'incontinence" ces schémas stratégiques peuvent aussi être discernés dans les réactions des individus face à ce problème. Ces stratégies sont exprimées par des résultats d'études, comme par exemple par ceux de Kruse (1985).

Cette étude a montré qu'environ un tiers des personnes incontinentes ressentent leur situation comme fort négative, réagissent agressivement à l'égard de leur entourage et montrent, dans l'ensemble, un comportement caractérisé par l'entêtement et la révolte. Elles exercent de la pression sur leurs proches et attribuent la responsabilité de leur maladie aux autres. Ces proches agissent, dans la moitié des cas, de manière très négative en interprétant l'incontinence comme une réaction de défi délibérément choisie et refusent de concevoir l'incontinence comme un symptôme de maladie.

Un autre tiers des patients inclus dans l'étude réagissent par un comportement dépressif. Ils considérent leur situation de manière similaire au groupe décrit ci-dessus, c'est-à-dire très négative et immuable. Ils se sentent une "charge" pour les autres et se font de la peine à eux-mêmes et à leurs proches. De la part des personnes soignantes s'offre un comportement véritablement dorlotant et plein de sollicitude comme réaction à cette abondance de "gratitude". Pour la plupart, les proches acceptent la restriction de leurs propres besoins avec calme.

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Environ un sixième des patients dénie l'incontinence ou dédramatise la "maladie". Leur comportement est passif ; ils attendent tout simplement la suite. On a l'impression que ces personnes incontinentes ne prennent le tout pas trop au sérieux. Leurs réactions sont souvent perçues comme une provocation par les personnes qui les soignent, car celles-ci investissent beaucoup d'énergie afin de garantir les soins du patient incontinent. Ces proches se sentent alors méconnus parce que leurs efforts et leur aide sont acceptés comme allant de soi ou sont seulement considérés comme peu importants.

Les individus constituants le dernier sixième - Kruse les appelle les "activement engagés" - acceptent la situation donnée et lui font face. Les membres de ce groupe sont à la recherche de toute possibilité qui pourrait servir à améliorer leur situation ; ils n'abandonnent pas leur espoir. Ces personnes incontinentes ont - à l'opposé des deux premiers groupes - d'autres intérêts à côté de leur maladie. Les proches qui soignent les membres de ce groupe se sentent moins accablés que les proches dans les autres groupes.

Il faut présumer qu'il existe, dans les hospices et les maisons de repos, des types de comportements similaires, interdépendants dans les relations entre les personnes incontinentes et le personnel soignant. Les patients appartenant au dernier, les "activement engagés", sont probablement ceux avec lesquels le personnel soignant obtient des succès que rendent possibles les efforts communs pour améliorer la condition de l'incontinence.

 Réf : Laboratoire Hartmann

Mise en ligne le 01.12.2007 et réactualisé le 10.10.2014

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